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Thèse de sciences du langage, Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle
Étude des verbalisations métalinguistiques d’apprenants coréens sur l’imparfait et le passé composé en français
Introduction Chap. 1 Chap. 2 Chap. 3 Chap. 4 Chap. 5 Chap. 6 Chap. 7 Conclusion
Résumé Biblio Corpus Index 1 Index 2 Annexe 1 : Exercice Annexe 2 : Conventions


Chapitre 7. Observation des verbalisations autour de trois notions principales

Nous avons constaté dans le chapitre précédent que nos trois informatrices faisaient référence à l’ensemble des notions aspecto-temporelles de notre grille d’observation, tout en ayant recours à d’autres notions à caractère idiosyncrasique. Après l’observation des verbalisations avec nos critères d’opérationnalité (disponibilité de la notion, précision de sa verbalisation et systématicité de repérage) et leur suivi longitudinal succinct, nous avions avancé que certaines des notions étaient opératoires et que certaines autres ne l’étaient pas.

Dans ce chapitre, nous nous proposons d’approfondir trois caractéristiques dont la connaissance permettrait, selon nous, d’employer le passé composé et l’imparfait de façon plus appropriée, mais dont nous avons observé précisément la non-opérationalité chez nos informatrices : le bornage de l’intervalle, le chevauchement partiel d’inclusion, l’aspect imperfectif.

Si tout procès comporte un certain type de bornage, le rapport d’inclusion entre deux intervalles et l’aspect imperfectif nécessitent deux moments de référence : ils désignent une certaine vision du procès à partir d’un moment pris comme repère. Dans le rapport d’inclusion, le procès incluant par rapport au moment repère (inclus) peut être vu comme ayant débuté avant le procès inclus. Mais il peut aussi être vu en déroulement au moment repère, comme ayant une valeur imperfective. Ainsi, un même procès peut être vu différemment selon le point de vue choisi.

Dans la tâche de l’exercice à trous, dans certains cas, le choix d’une seule de ces trois visions de procès suffisait pour effectuer le choix du temps approprié. Dans d’autres cas, la connaissance de chacune d’elles est nécessaire, et leur non-acquisition entraîne des erreurs dans le choix du temps. C’est ce qui s’observe chez nos apprenantes et c’est à l’évolution de ces trois notions sur les deux entretiens, ainsi qu’aux démarches cognitives sous-jacentes que nous nous intéresserons dans ce chapitre.

1. Bornage

Le bornage de l’intervalle ne fait pas partie des phénomènes aspectuels proprement dits chez Noyau ou Klein dont nous avons adopté les classifications. Noyau le considère, avec la durée, l’itérativité, le changement d’état et les phases, comme une des « caractéristiques inhérentes aux situations », qui ne rentrent pas dans le cadre des jeux de perspectives entre le moment repère et le moment de la situation. Pourtant c’est une notion contenue implicitement dans les aspects perfect et imperfectif, perfectif, et prospectif. De plus, comme nous l’avons constaté dans le chapitre précédent, cette notion intervient de manière pertinente dans le choix du passé composé et de l’imparfait. Ainsi, en terme de bornage, le passé composé, véhiculant l’aspect perfect, marque notamment l’inclusion[182] de la borne droite de l’intervalle dans la saisie du procès, alors que l’imparfait, véhiculant l’aspect imperfectif, n’inclut pas les deux bornes, saisissant une portion de l’intervalle entre les bornes.

En choisissant le passé composé, le locuteur opte pour une vision compacte ou globale du procès, qui prend en compte les deux bornes de l’intervalle. Même si cette vision est un choix du locuteur, elle doit être appropriée au contexte discursif. Dans les récits de l’exercice à trous, ce contexte discursif étant déjà fixé, la tâche de nos apprenantes consiste seulement à choisir la vision de procès (compacte ou partielle) par le choix du passé composé et de l’imparfait. Du point de vue macro-discursif, les procès marquant la successivité ou constituant la trame imposent la vision globale de chacun des procès considérés, le début et la fin du procès antérieur étant la condition sine qua non du procès suivant.

Lorsque le choix du passé composé lui-même entraîne la saisie des deux bornes, notamment dans les procès successifs ou ceux constituant la trame, on peut parler du bornage intrinsèque. Il existe d’autres cas où la vision globale du procès est renforcée par le marquage explicite des deux bornes de l’intervalle, que nous nous proposons d’appeler bornage extrinsèque. Le marquage explicite se fait souvent à l’aide d’un circonstanciel temporel. Il en va de même pour la vision partielle, notamment celle de la portion entre les deux bornes du procès : l’emploi de l’imparfait lui-même peut l’imposer ou cette vision peut être renforcée par des éléments extérieurs au verbe.

Dans le cas du bornage intrinsèque, la compétence macro-discursive est le prérequis de l’emploi des deux temps et de ce fait, la connaissance de la notion de bornage elle-même peut ne pas être nécessaire. En revanche, dans les cas de bornage extrinsèque où les éléments indiquant la vision compacte ou partielle fonctionnent comme des indices, seule la connaissance de la notion de bornage permet de les repérer. Nous examinerons donc l’évolution de la considération de la notion de bornage chez nos trois apprenantes sur les deux entretiens.

1.1. Prise en compte des bornes dans la saisie d’un procès et passé composé

La prise en compte des bornes dans la saisie d’un intervalle occupé par un procès peut être marquée par l’emploi du passé composé (bornage intrinsèque) ou par une explicitation de l’extension de l’intervalle à l’aide d’autres moyens que le temps verbal (bornage extrinsèque).

1.1.1. Bornage intrinsèque

Lorsque le passé composé a été choisi, ce qui est souvent sous-jacente, c’est la prise en compte de la borne droite de l’intervalle occupé par le procès. Voici des exemples où nos trois apprenantes font référence au bornage pour le même verbe sur les deux entretiens :

 

(Extrait 56a) 6-15 L’enfant s’est retrouvé tout seul, il a eu peur et a réussi à partir lui aussi (Kang I, fr.)

1 E : ... Et il A réussi à partir lui aussi (K : hm) donc là c’est... (K : il a réussi) il a réussi (K : à partir) hm

2 K : C’est-à-dire c’est la même euh il a couru (E : <hm) <dans la cabine (E : hm-hm) euh... <c’est XXX

3 E : C’est le verbe selon le verbe donc on ne... il vaux mieux mettre au au... au passé composé ? c’est ça ?

4 K : En en quelques /kar/ (E : hm) dans dans quelques /kar/

5 E : Donc tu penses que si on disait il réussiSSAIT à partir <à l’imparfait c’est

6 K : <Si on dit il réussissait à partir (E : hm lui aussi oui) c’est-à-dire/ il réussis-sait à partir il a roulé le vélo (E : hm) il a roulé le vélo (E : hm...) et... si on imagine une... une tableau (E : hm) qui s’exprime tout/ tout... <toute histoire (E : <tout cette histoire oui) oui voilà (E : hm) un homme qui... qui téléphone (E : hm) et qui.. téléphone ici et... (E : hm) un enfant (E : hm) si on /metr/ il a réussi à partir (E : hm) il part il est parti <hm (E : <hm) <il n’est plus là

7 E : <Donc il a essayé une seule fois il a réussi ?

8 K : Non non non j’ai... c’est pas le problème de fois (E : <hm hm) mais quand même il est parti <et il est (E : <hm) il était plus/ plus là (E : hm-hm)

 

Kang explique son choix du passé composé comme relevant du même cas que courir (2) pour lequel elle faisait référence au type de procès du verbe. C’est pourquoi l’enquêtrice parle du verbe (3). Kang ne confirme pas complètement cette interprétation de l’enquêtrice (4). Celle-ci l’interroge sur l’acceptabilité de l’imparfait (5) et dans sa réponse, Kang fait référence à l’aspect perfect (il est parti), avec l’accent mis sur la borne droite du procès. Kang mentionne également le résultat de la fin du procès (il n’est plus là), résultat qui se situe dans le passé, mais exprimé au présent. L’enquêtrice teste ensuite une autre valeur du passé composé que Kang avait verbalisée auparavant, l’unicité d’occurrence de procès (7). Kang invalide cette proposition et insiste sur l’aspect perfect (8) dans sa formule de ‘V passé’ + ‘résultat du procès’. On note que le résultat du procès est exprimé cette fois-ci au passé.

Lors du second entretien, la même analyse motive le choix du passé composé :

 

(Extrait 133) 6-15 L’enfant s’est retrouvé tout seul, il a eu peur et a réussi à partir lui aussi (Kang II, cor.)

K : Ensuite il a réussi à partir lui aussi, il est parti lui aussi, et il n’est plus là. (E : hm…) Donc c’est aussi le passé composé (E : hm)

 

Kang exprime la fin du procès toujours avec le résultat (il n’est plus là) et ce, au présent seul cette fois-ci.

On observe chez Kim la même saisie simultanée de l’aspect perfect et de la borne droite :

 

(Extrait 134) 6-20 Quand la police est arrivée, c’est lui qu’elle a emmené au commissariat (Kim I, fr.)

1 K : Quand il est ressorti de la cabine il n’y avait <personne (E : <hm-hm) il n’y avait plus personne + (E : quand) quand la police est arrivée c’est lui qu’il a emmené au commissariat

2 E : Hm-hm donc là tout est au passé composé parce que tout s’est passé très <vite ?

3 K : <Très vite oui + très vite et.. l’action + finie (rire)

4 E : L’action finie (K : (rire)).

 

L’enquêtrice teste la notion de vitesse de déroulement du procès (2) et Kim l’accepte volontiers (3) et ajoute la référence au fait que le procès est fini (3). Dans le second entretien, Kim emploie un moyen d’expression indirect, la négation de l’aspect imperfectif (-ko it), pour faire référence à l’aspect perfect (-ôt) :

 

(Extrait 6) 6-20 Quand la police est arrivée, c’est lui qu’elle a emmené au Commissariat (Kim II, cor.)

K : Quand elle est arrivée et + comme il n’y avait personne, elle a emmené l’homme, le passant au commissariat. Elle [la police] n’était pas en train de l’emmener [teryôka-ko it-nû-n] mais elle l’a emmené [teryôka-ôt-ta].

 

Contrairement à Kang et Kim, Lee saisit le rôle macro-discursif :

 

(Extrait 135) 6-10 Ce passant a couru à la cabine téléphonique d’à côté (…) (Lee I, fr.)

1 E : Ce passant a couru (L : dans la cabine téléphonique) hm-hm

2 L : Parce que euh...

3 E : Si on disait il courait ++

4 L : Il courait ?

5 E : Oui c’est-à-dire il fait partie du paysage ? ou.. euh

6 L : Non (rire) Hm.. + si il est il a fait euh... hm/ il était en train de faire jogging (E : <(rire)) <ou comme ça ça marche (E : oui) mais (E : <mais..) <hm... sûrement il.. il a pas fait euh.. ah/ il ne faisait pas du jogging (E : hm-hm) en ce mome/ à ce moment là. (E : hm-hm) Il a couru parce qu’il a + qu’il avait hm... aperçi que/ aperçu que cet accident est très grave (E : hm-hm) + et... il a couru pour... informer (E : hm-hm) pour aviser ++ hm... à po/ à la police. (E : hm-hm) ++ Hm... c’est je je trouve que c’est la la suite.. de... l’accident (E : <ah) <l’action + <c’est la suite de (E : <c’est la suite de l’action) l’action (E : hm-hm)

 

Le procès courir est vu comme celui qui suit l’accident. La même référence au rôle macro-discursif est exprimée lors du second entretien, de façon plus explicite :

 

(Extrait 74) 6-10 Ce passant a couru à la cabine téléphonique d’à côté (Lee II, cor.)

L : Ensuite, dans cette situation, (E : hm) le passant court vers une cabine téléphonique (E : hm) euh… euh passé composé. (E : hm) Hm. Parce que c’est une action qui va avoir lieu après. (E : hm)

 

Les trois verbes, réussir à partir, emmener et courir, constituent la trame du même récit. Dans le cas de Lee qui place le verbe sur le plan macro-discursif, la saisie des deux bornes du procès est implicite. Par contre, chez Kang et Kim qui considèrent le verbe seul et qui formulent l’aspect perfect, la prise en compte de la borne droite est davantage manifeste. Mais, dans les deux cas, le récit situé dans le passé facilitant la saisie de la fin du procès, les verbalisations en tant que telles ne nous permettent pas d’évaluer la conscience réelle du bornage chez nos apprenantes. De plus, si l’aspect perfect est bien saisi, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, certains procédés erronés de saisie de la borne droite du procès (élément de la situation, information contenue dans la phrase suivante) montraient le caractère partiellement opératoire de cette notion.

1.1.2. Bornage extrinsèque

Outre le contexte discursif et macro-discursif, la vision globale d’un procès peut être imposée de surcroît par un circonstanciel précisant l’extension de l’intervalle. Dans notre exercice à trous, les verbes 5-3 rester et 4-5 pleuvoir relèvent de ce cas de bornage extrinsèque, notamment, de double bornage.

1.1.2.1. Lee

Nous avons déjà vu dans le chapitre précédent que Lee employait des termes et expressions qui renvoient apparemment à l’inclusion des deux bornes, comme « un point », « fait ponctuel » lors du premier entretien, et « période donnée », lors du second. Les expressions du premier entretien sont associées correctement au passé composé, mais celle du second entretien est verbalisée pour justifier le choix de l’imparfait. Ceci nous suggère que Lee n’avait pas encore repéré la notion de double bornage. L’examen des deux verbes nous permettra de le confirmer. Pour le verbe pleuvoir pendant tout leur voyage du premier entretien, nous disposons seulement de son choix de temps et non de son analyse à cause d’un malentendu sur l’identification du verbe :

 

(Extrait 136) 4-5 Quand ils sont arrivés à Rennes, il pleuvait et il pleuvait pendant tout leur voyage (Lee I, fr.)

1  L : Mais quand ils... sont arrivés à Rennes, (E : hm) il pleuvait et ++ eu ?

2  E : Il pleuvait c’est ça ? et il

3  L : Hm.... il a pleu... pleu... il a plu (E : hm) pendant tout + leur voyage. Il a plu ? Ah non non.

4  E : Il a plu ?

5  L : Non non non.

6  E : C’est <pas ça ?

7  L : <C’est pas ça

8  E : Donc il pleuvait ?

9  L : + Quand il arrivait... quand il arrivait à Rennes, il a\

10 E : Arrivait ? ici ?

11 L : XXX (rire) Quand il arrivait à Rennes il... pleuvait +++ Quand ils sont arrivés à Rennes, (E : hm) il pleuvait (E : hm) et il pleuvait pendant toute leur voyage. (E : hm) (...)

12 E : Donc là, qu’est-ce que tu décides ? Tu décides pour (L : il pleuvait) Ah il pleuvait hein ?

13 L : Hm

14 E : Il pleuvait pendant tout leur voyage parce que <c’est\

15 L : <Par rapport à cette action, (E : hm) c’est... ici, je pense qu’imparfait est plus juste + par rapport cette action.

16 E : C’est-à-dire l’action d’arriver, c’est ça ?

17 L : Hm oui

18 E : L’action d’arriver + c’est-à-dire ici, ça dure longtemps ?

19 L : ++ (E : il a plu <XX il pleuvait) <Ça dure longtemps hm... + Ce qui est important, c’est pas... le longueur. (E : hm) Je crois c’est... c’est une durée + (E : hm) pendant quelqu/ certain temps (E : hm) ça ? (E : hm-hm) et... j’ai choisi (E : hm) l’imparfait. (E : hm-hm)

 

Lors de la lecture à haute voix, Lee choisit d’abord le passé composé pour le second pleuvoir mais change d’avis aussitôt (3-8) et son choix de l’imparfait se confirme en 11. Plus tard, lors de l’examen plus approfondi du verbe, l’enquêtrice demande confirmation de son choix de l’imparfait pour le second pleuvoir (12, 14) mais Lee pense que la question porte sur le premier pleuvoir et expose son analyse (15, 19). Lors du second entretien, le verbe est bien identifié :

 

(Extrait 82a) 4-5 Quand ils sont arrivés à Rennes, il pleuvait et il pleuvait pendant tout leur voyage (Lee II, cor.)

1 E : Le dernier, il a plu pendant tout leur voyage ne serait pas bon ?

2 L : Hm + c’est peut-être possible (rire) +

3 E : Pourquoi c’est possible ?

4 L : Hm… +++ la… cette durée ++ l’adverbe qui indique le temps (E : hm), on peut mettre l’imparfait ou le passé composé selon ce qu’on pense de l’adverbe. (E : hm… pendant) Oui. Hm + Hm + Si on considère le « pendant quelque chose » comme une durée courte (E : hm), par rapport à un autre événement qu’on raconte, la… (E : hm) durée courte, si elle est concrète, (E : hm) on peut dire il a plu, ou si cette durée est liée à l’autre (E : hm) hm… ++ hm alors l’imparfait est peut-être possible. Si on considère la durée comme longue, et si on continue l’histoire, par exemple, on continue le récit de voyage (E : hm), dans ce cas, on pourrait employer l’imparfait.

 

Le choix de Lee étant l’imparfait comme dans le premier entretien, l’enquêtrice l’interroge sur l’acceptabilité du passé composé (1). Elle trouve possible l’emploi de ce temps (2), acceptabilité basée sur la durée absolue et relative de pendant (4). Lee ne mentionne pas l’inclusion des bornes qu’impose le circonstanciel pendant tout leur voyage. Pour elle, il ne comporte que la notion de durée que le locuteur peut interpréter comme longue ou courte (durée absolue), ou qu’il peut mettre en relation avec la durée d’un autre procès (durée relative). Le caractère concret, autre facteur qui semble déterminer pour elle l’emploi du passé composé[183], n’est pas repéré non plus dans le circonstanciel.

Le cas du verbe rester confirme l’absence de la notion de double bornage chez Lee :

 

(Extrait 109a) 5-3 Il restait huit mois à l’hôpital (Lee I, fr.)

1 L : Euh... il restait huit mois à l’hôpital. Quand il... ++ hm.. + quand il en est sorti il était très faible et très maigre. hm... hm... on l’a pas + reconnaît/ +++ (E : reconnaître) on ne l’a pas + reconnu

2 E : (...) Bon. Paul avait + vingt ans quand il... avait XX (L : hm) Et il restait euh... à à l’imparfait ?

3 L : Hm

4 E : Parce que + c’est long c’est ça ?

5 L : Oui

6 E : Hm-hm tu as choisi donc l’imparfait. (L : hm) + Mais tu crois que c’est un cas où on peut aussi euh... mettre le passé composé il est resté + huit mois à l’hôpital

7 L : Mais ça s’est suivi par... + <il est sorti de...

8 E : <Quand il en est voilà il est sorti. On sait qu’il est sorti (L : hm) maintenant. + Donc il y a une relation entre le fait qu’il est sorti et + le fait qu’on sait qu’il est sorti et (L : oui) ++ Bon tu dis que c’est parce qu’il est sorti après que... on peut mettre l’imparfait, c’est ça ?

9 L : Hm.... <hm... (E : <Il restait huit mois) ++++ (E : quand il en est sorti) + il re/ il restait huit mois. (E : hm) Euh pendant... depuis huit mois et le fait qu’il est sorti, (E : hm) ça coupe le durée la durée. (E : hm-hm).

 

Pour le choix de l’imparfait pour rester, Lee fait référence à son schéma d’emploi du passé composé et de l’imparfait, « l’action coupe la durée » (9) : rester correspond à la durée, entraînant l’emploi de l’imparfait, et l’action est repéré dans le procès sortir de la phrase suivante. Parmi les deux possibilités de fonctionnement du schéma, ce cas correspond à la suivante :

            --------------|

(----- : « durée » ou ici, le procès rester, | : « action qui coupe » ou ici, le procès sortir)

 

Le choix de temps verbal se fait ainsi par l’identification de procès correspondant aux entités fonctionnelles (durée ou action) et non par la saisie de la borne droite du procès, ce qui entraînerait le passé composé. Comme dans le cas de pleuvoir pendant tout leur voyage, Lee a recours à la notion de durée relative et ne porte pas son attention au double bornage marqué par le circonstanciel huit mois.

Lors du second entretien, Lee choisit la forme appropriée, le passé composé, par la prise en compte de la borne droite seule de l’intervalle :

 (Extrait 137) 5-3 Il restait huit mois à l’hôpital (Lee II, cor.)

L : Ensuite la dernière fois[184], j’avais dit il…/ il restait il est resté, n’est-ce pas ? Mais hm… ce n’est pas mal non plus de dire il/ il est resté (E : hm) + parce que il est sorti de l’hôpital. (E : hm) Donc il est resté huit mois, comme ça, je pense que c’est possible. Ensuite hm… <XX

 

Le choix du passé composé est approprié mais Lee s’appuie, pour ce choix, sur le procès sortir de l’hôpital, l’élément apporté par la phrase suivante. Lee prend sortir non pas comme un procès d’action s’opposant au procès de durée comme au cours du premier entretien, mais, de façon plus appropriée, comme de la borne droite du procès rester à l’hôpital. Certes, cette saisie du procès demande le passé composé et cette analyse suffit pour choisir un temps correct. Mais l’analyse plus appropriée est la prise en compte des deux bornes et Lee ne la prend toujours pas en compte dans le second entretien.

1.1.2.2. Kim

Comme Lee, Kim ne semble pas avoir la notion de double bornage extrinsèque :

 

(Extrait 107) 4-5 Quand ils sont arrivés à Rennes, il pleuvait et il pleuvait pendant tout leur voyage (Kim I, fr.)

1 E : Et il

2 K : A plu pendant tout leur voyage <hm...

3 E : <Hm-hm là tu as mis <à l’imparfait aussi

4 K : <Oui oui imparfait <aussi (E : <il pleuvait pendant tout leur voyage ++ hm-hm ++) ça cette phrase aussi on doit remarquer le ver/ euh adverbe pendant peut-être (E : pen<dant ?) <non non

5 E : Tu crois que comme c’est pendant +

6 K : Oui ici c’est pour pour moi euh + bizarre ? hm difficile ?

7 E : <Parce que pendant XXX aussi la durée

8 K : <Je ne je ne peux pas + <ah... (E : <mais...) ++++ hm.. ++++ elle appelait ah... lui ++ à mon avis je/ au début j’ai mis il pleuvait imparfait ++ <hm...

9 E : <Oui à ce moment là à quoi tu as pensé ? (K : ++) il pleuvait pendant tout leur voyage tu as pensé aussi à la durée ? + peut-être

10 K : Oui pendant c’est...

11 E : Pendant ça mar<que la durée

12 K : <Oui oui la marqu/ oui oui (E : hm) durée c’est pour ça j’ai.. j’ai.. mis imparfait mais ++

13 E : Comment <le professeur a expliqué ?

14 K : <Comme le professeur le\ pendant oui il a remarqué pendant tout leur voyage (E : hm) hm... pendant tout leur voyage + c’est déjà euh... ++ c’est déjà le temps + terminé ++

15 E : Ah oui le voyage est terminé

16 K : Oui oui le voyage est terminé c’est pour ça hm... ++ oui passé composé

 

Dans cette séquence, on peut entrevoir ce qui a motivé chez Kim le choix de l’imparfait pour pleuvoir lors du passage du test. Comme pour le choix de l’imparfait pour téléphoner (6-11 Pendant qu’il téléphonait, la voiture a filé), Kim repère pendant (4, 10) comme marqueur de durée (12), analyse anticipée par l’enquêtrice (11). Cette analyse est incompatible avec le passé composé qu’elle sait être la forme appropriée, d’où la réaction de Kim en 6 (« bizarre », « difficile »). L’enquêtrice interroge sur l’explication de son professeur (13) et Kim se souvient qu’il a repéré, lui, le circonstanciel temporel, pendant tout leur voyage. On note qu’il attribue au circonstanciel l’aspect perfect (« le temps terminé ») au lieu du double bornage (14). Lors du second entretien, on assiste à une double acceptation :

 

(Extrait 138) 4-5 Quand ils sont arrivés à Rennes, il pleuvait et il pleuvait pendant tout leur voyage (Kim II, cor.)

1 K : Ensuite pendant leur voyage, il a plu tout le temps. Je pense que les deux sont possibles.

2 E : Hm… dans ce cas, il doit y avoir une différence de sens ? non ?

3 K : Il pleu pleuvait il a plu (bas) ++++ Ah c’est-à-dire, comment dirais-je, le point temporel ? En tout cas pendant tout leur voyage, si on regarde que du point de vue de ce voyage voyage, seulement de ce… point temporel, l’action de pleuvoir est continuelle, c’est l’état où ça continue, donc on utilise l’imparfait. (E : Ah) Ensuite le deuxième où le passé composé est aussi possible, c’est pendant tout leur voyage, c’est-à-dire qu’on parle ici après que le voyage soit déjà terminé, n’est-ce pas. (E : hm) Parce que s’il restait encore quelques jours de voyage, on n’aurait pas dit pendant TOUT. Mais là maintenant le voyage est + ils ont terminé le voyage donc. (E : hm) De ce point de vue, il a plu, (E : <XXX) <ce n’est pas la continuation mais le passé composé oui. ++++

4 E : Si on te demandait de choisir ?

5 L : Si on me demandait de choisir, (E : hm) peut-être il vaudrait mieux choisir le passé composé. (E : ah…) (rire) Parce que juste avant, il y a l’imparfait.

6 E : Ah… parce que il ne faut pas trop dire la même chose <(rire) (K : <oui (rire))

 

Lors du second entretien, Kim admet d’emblée la double possibilité (1). L’imparfait est vu acceptable non par référence à l’indice de durée, mais à la « continuité » du procès (3), l’aspect imperfectif. Le passé composé est jugé également acceptable par Kim (3) qui se base sur l’aspect perfect (« on parle ici après que le voyage soit déjà terminé »), montrant son assimilation de l’input métalinguistique de son professeur de français. Il est également à noter que pour le choix final du passé composé, Kim recourt à un effet stylistique (5), en l’occurrence, l’évitement de la répétition. Kim garde sa propre analyse (vision de continuité du procès, aspect imperfectif) tout en conservant l’explication de son ancien professeur : la nouvelle connaissance, même si elle vient d’un natif et de quelqu’un de plus compétent, ne remplace pas automatiquement l’ancienne connaissance moins appropriée. Le non-choix qui est à l’origine de la double acceptation peut être l’incertitude quant à la validité de sa propre analyse, et en même temps, celle à l’égard de l’input métalinguistique. L’adoption incomplète de l’explication de son professeur se manifeste dans le fait que sa décision finale ne se base sur aucune des deux analyses. Dans ces réflexions de Kim, la référence au double bornage est absente.

Pour le verbe rester, Kim avait choisi l’imparfait lors du passage du test comme pour pleuvoir pendant tout leur voyage :

 

(Extrait 53) Il est resté huit mois à l’hôpital (Kim I, fr.)

1  E : (...) Donc ensuite il est ?

2  K : Resté (E : hm) huit mois à l’hôpital

3  E : Hm d’accord et là tu as mis au début à... (K : restait) parce que c’était ?

4  K : Huit mois <euh...

5  E : <Huit mois ?

6  K : Oui

7  E : C’est ton/ donc ça a duré longtemps ? <c’est ça ?

8  K : <Longtemps oui ++ et + oui si on + on voit on... envisage seulement cette phrase (E : hm) il restait huit mois à l’hôpital c’est.. c’est bien ça aussi c’est n’est-ce pas

9  E : Il restait à l’hôpital... il restait huit mois à l’hôpital ++ je crois que... <oui pourquoi pas ?

10 K : <Non ? oui oui <(rire) (E : <(rire)) + la phrase suivant il a déjà il est déjà sorti de l’hôpital c’est pour ça l’hospital/son... a.. son hospitali-té (E : hm-hm) est + <terminé  (E : <hospitalisation) <est termi/ hospitalisation est <terminée (E : <terminée)

11 E : ++ Ah donc c’est par rapport à la phrase suivante (K : oui oui oui) que tu..

12 K : Ah non au début de/ (E : au début) je n’ai pas.. pensé (E : comme ça) la... la.. (E : la phrase suivante) la phrase suivante (E : hm)

13 E : Mais.. c’est main<tenant que tu penses à ça ?

14 K : <Maintenant oui

15 E : Hm ++

 

Kim témoigne que son choix de l’imparfait était dû à huit mois, porteur de la notion de durée (4). Connaissant la bonne réponse (2), Kim expose ensuite ce qui fonde l’emploi du passé composé en s’appuyant sur la phrase suivante : l’aspect perfect avec l’accent mis sur la prise en compte de la borne droite (10). Mais lors du second entretien, Kim semble avoir oublié cette connaissance :

 

(Extrait 61a) 5-3 Il restait huit mois à l’hôpital (Kim II, cor.)

1 K : Ensuite il est resté [mômurû-ôt-ta] il restait [mômurû-ko it-ôt-ta] huit mois à l’hôpital. ++ Hm ++++ Oui ça aussi, on peut voir comme un verbe continu donc restait.

2 E : Parce que c’est un peu long ?

3 K : Oui c’est un peu long. (...) Hm… + parce que le verbe rester lui-même a un sens (rire) qui dure assez longtemps. L’état de rester ne s’arrête pas brusquement comme ça, n’est-ce pas ? le verbe ?

 

Au lieu de l’aspect perfect, Kim se montre sensible à la notion de durée et ce, non dans huit mois, mais dans la sémantique du verbe rester (1, 3). La notion de bornage, même partielle, n’est pas considérée, alors que dans le même entretien pour le verbe pleuvoir, Kim avait eu recours à l’aspect perfect. En effet, c’est à propos de ce verbe que son professeur avait donné l’explication basée sur l’aspect perfect. La saisie d’un procès ne se fait donc pas toujours de manière identique, même pour les procès du même type d’intervalle : elle semble, chez Kim, tributaire des éléments de l’énoncé. Les bornes de l’intervalle ne rentrent aucunement dans sa considération du procès.

1.1.2.3. Kang

Kang se montre différente des deux autres apprenantes. Lors du premier entretien, elle emploie comme Lee des expressions « un point », « le temps précisé » faisant référence au bornage. L’examen des deux verbes montrera qu’elle inclut réellement les deux bornes dans la saisie du procès. Nous rappelons que, par une erreur de l’enquêtrice, nous ne disposons pas de verbalisations de Kang du premier entretien pour ces verbes (pleuvoir, rester) pour lesquels elle a bien choisi le passé composé. Regardons ses commentaires du second entretien.

 

(Extrait 49) 4-5 Quand ils sont arrivés à Rennes, il pleuvait et il a plu pendant tout leur voyage (Kang II, cor.)

1 K : Mais il a plu pendant tout leur voyage. Donc (E : hm) le premier pleuvait, quand ils sont descendus du train, il pleuvait

2 E : (...) Hm + euh… donc + alors si on dit il a plu ?

3 K : Le/ le… un + hm + dans un temps donné [juôji-n sikan-an-esô]. (E : hm) il a plu constamment [kesok pi-ka neri-n-kô]. Et il ne pleut plus maintenant. + Il n’a plu que pendant ce voyage, pendant leur voyage, (E : hm) et quand le voyage a fini, le voyage… euh il a pu pleuvoir encore, mais en tout cas, ce qui est sûr, (E : hm) c’est qu’il a plu continuellement pendant la période du voyage [voyage ha-ôt-tô-n kû kikan tongan-e kesok pi-ka neri-n kô]. (E : hm)

 

Pour Kang, ce n’est ni la notion de durée, ni l’aspect perfect qui motive son choix du passé composé, mais bien la prise en compte des deux bornes de l’intervalle dans sa saisie du procès (3). Le même type de commentaire est observé pour le verbe rester :

 

(Extrait 50) 5-3 Il est resté huit mois à l’hôpital (Kang II, cor.)

1 K : Et puis ici… pourquoi j’ai utilisé il est resté, le passé composé, c’est parce que huit mois, il y avait une période donnée [ju-ô-ji-n sikan-i it-ôt-ki ttemune]. (E : hm) Ensuite quand il en est <sorti\

2 E : <Dans ce cas, il restait est possible ? comme le cas de tout à l’heure. Il restait

3 K : ++

4 E : On peut penser que, avec cette durée assez longue, on peut mettre l’imparfait ? (bas)

5 K : Il est resté il restait (bas) ++ Je pense que huit mois, c’est pas si long que ça. (E : hm) Vu le contexte global de cette phrase, juste il restait restait (bas) +++ ou bien une explication de situation/ Si on veut dire restait, il faudrait peut-être un peu plus de description de la situation, ou il restait ++ il restait +

6 E : Il restait huit mois à l’hôpital et puis il faut autre chose, c’est ça ?

7 K : Oui. +

8 E : Quel genre de chose <faut-il ajouter ?

9 K : <Par exemple, il restait en pleurant pendant + il restait en (bas) hm… en désespérant. (E : hm) de/ de tout désespoir. (E : hm) ++ XXX (bas) Je pense qu’on ne dirait pas restait parce que avec huit mois, le temps est déterminé [sikan-i ttak jôngha-ô-ji-ô-it-ki ttemune]. (E : hm) Oui. Il vaut mieux dire il est resté. (E : O.K.)

 

Pour son choix du passé composé, Kang fait référence à l’intervalle déterminé (1). Malgré le piège tendu par l’enquêtrice avec la demande d’acceptabilité de l’imparfait (4), Kang revient à son choix qu’elle considère comme seul possible et en se basant toujours sur la saisie des deux bornes de l’intervalle signalé par huit mois.

Il arrive à Lee et Kim de tenir compte d’une seule des bornes de l’intervalle, notamment de la borne droite dans le cadre de l’aspect perfect. De plus, dans cette prise en compte de la borne droite, Lee et Kim se montrent irrégulières : dans le même entretien, si elles font référence au bornage pour certains verbes, elles ont recours à une autre notion pour d’autres. Ce comportement montre qu’elles n’ont pas identifié cette notion. Seule, Kang prend en compte les deux bornes et de façon systématique.

1.2. Non-inclusion des bornes dans l’imparfait

1.2.1. Non-inclusion des bornes intrinsèque dans la saisie d’un procès

S’agissant d’un procès du passé, un procès à l’imparfait est un procès théoriquement commencé et fini au moment de locution. Mais dans un contexte discursif, l’imparfait qui saisit une portion de l’intervalle entre ses deux bornes, n’inclut pas celles-ci à un moment repère donné. Le choix de cette vision partielle est dépendant de la lecture du procès dans son contexte discursif et macro-discursif. Si l’on observe chez nos apprenantes la prise en compte des bornes de l’intervalle pour l’emploi du passé composé notamment lors du second entretien, la non prise en compte des bornes n’est pas verbalisée, sauf chez Kang.

1.2.1.1. Lee

Lee choisit l’imparfait pour être très faible et très maigre dans les deux entretiens.

 

(Extrait 139) 5-5 Quand il en est sorti, il était très faible et très maigre (...) (Lee I, fr.)

1 L : Et puis hm... en ce moment là, hm... hm... ++ hm... situation non

2 E : Etat, c’est ça ?

3 L : Etat ? état ou.... XXX ah non hm.. +++ (E : état) +++ Ou on dirait état, mais y a une nuance <euh...

4 E : <Oui mais c’est aussi un état qui change aussi parce qu’il il resterait pas toujours il ne reste pas toujours faible... + Donc il était très faible et très maigre

5 L : C’est plutôt pour ++++ exprimer expliquer cette situation. (E : hm) + Hm a/ adverbe ah/ adjectif ++ euh... euh <quarac/ qualifier (E : <caractériser) Oui quali/ + caractériser ? non + qualifier ?

6 E : Hm-hm + hm oui

7 L : Caractériser (E : caractériser) oui

8 E : Caractériser son état de ce moment là (L : hm) ++ C’est-à-dire euh... même si c’est pas c’est sûr que c’est pas une action, donc par rapport à l’action, on peut dire que c’est un état mais aussi + c’est un état + qu’on caractérise ça (L : hm) + c’est pour ça + euh... imparfait ?

9 L : Oui ++ je mets imparfait

 

Lee explique son choix de l’imparfait par son rôle discursif : « explication de la situation » (5). La même analyse est effectuée lors du second entretien :

 

(Extrait 69a) 5-5 Quand il en est sorti,il était très faible et très maigre (Lee II, cor.)

L : Ensuite on décrit la… situation [sanghwang], hm… hm… son état [sangthe], (E : hm) donc on emploie + l’imparfait, (E : hm) il était très faible.

 

L’imparfait est vu comme ayant la fonction de « décrire la situation » et elle ne porte pas son attention au bornage.

1.2.1.2. Kim

Pour le présentatif il y a, Kim choisit sans difficulté l’imparfait :

 

(Extrait 81a) 2-4 Il y avait énormément de monde dans le train (...) (Kim I, fr.)

1 E : Il y avait énormément ++ donc on voit que quand il y a l’expression il y a c’est souvent au.. ++ à l’imparfait

2 K : Imparfait oui <oui (E : <hm) ++ oui (E : ouais) +++ (rire)

3 E : Dans le train et il n’a pas pu + trouver de place assise hm-hm +++ donc là aussi le passé composé ? (K : hm) hm +++++

4 K : Oui l’action successive c’est.. peut-être ai accompagné et n’a pas pu (E : hm-hm) je l’ai accompagné à la gare/ (E : hm-<hm) <à la gare et après + et... j’ai vu (E : hm-hm) qu’il n’a pas + pu trouver de la/ + place assise

5 E : Hm-hm ça c’est <c’est ça les.. les actions.. ?

6 K : <Oui oui + <je crois

7 E : <Donc il y avait du monde et il y avait beaucoup de baga/ ah il avait beaucoup de bagages <donc ça c’est pas de l’action ?

8 K : <C’est pas /za/ ++ l’action c’est pas.. (E : c’est la hm) + c’est... l’état (E : hm-hm) oui ++

 

Kim oppose les procès marquant l’action qui constituent la trame (4) à ceux marquant l’état (8). Dans ses termes action, état, désignant les rôles discursifs de procès, on ne saurait déceler avec certitude la saisie des bornes de l’intervalle. Lors du second entretien, Kim emploie le même terme :

 

(Extrait 140) 2-4 Il y avait énormément de monde dans le train (...) (Kim II, cor.)

K : Ensuite + une fois arrivé là-bas, il y avait, l’état [sangthe] où il y avait du monde. (...) Hm quand je l’ai accompagné (à la gare), c’était une situation [sanghwang] où il y avait trop de monde. (E : hm)

 

Kim parle de « l’état » et de la « situation » en adoptant toujours l’optique discursive, sans orienter son attention vers le bornage.

1.2.1.3. Kang

Kang ne fait pas d’exception : pour le même type de procès d’état, avoir des bagages, elle se situe au niveau discursif comme les deux autres apprenantes :

 

(Extrait 36) 2-2 Il avait beaucoup de bagages et ses skis sur l’épaule (Kang I, fr.)

1 E : Qui partait pour Chamonix et après il ?

2 K : Avait

3 E : Avait beaucoup de bagages et ses skis sur l’épaule bon pourquoi ?

4 K : Parce que c’est un état (E : hm.. hm) on... euh +++ XX (bas) le parleur ? (E : <hm ?) <comment on dit

5 E : Le ?

6 K : Par/ XXX (bas)

7 E : Ah.. le locuteur ?

8 K : Hm le locu<teur (E : <celui qui parle) oui le locuteur (E : hm) ++ /dekriv/ (E : hm-hm) son état (E : hm-hm)

 

Kang emploie comme Lee et Kim le terme « état », et l’expression « description de l’état ». Lors du second entretien, elle exprime toujours le rôle d’arrière-plan en parlant de l’« explication de la situation » :

 

(Extrait 4a) 2-2 Il avait beaucoup de bagages et ses skis sur l’épaule (Kang II, cor.)

K : Il avait beaucoup de bagages (E : hm) On explique la situation, sa situation [sanghwang] (E : hm)

 

On constate que toutes nos apprenantes adoptent de façon naturelle la vision discursive pour des procès d’état lorsqu’ils fonctionnent en imperfectif ou en procès incluant selon d’autres points de vue. Les trois procès pour lesquels elles choisissent l’imparfait ont pour moment repère un procès au passé composé (sortir de l’hôpital pour être faible, accompagner à la gare pour il y avoir du monde, et rencontrer pour avoir beaucoup de bagages). A ces moments repères, chacun des procès est saisi partiellement, en excluant les deux bornes de l’intervalle. Mais aucune des trois informatrices ne verbalisent la non-inclusion des bornes.

Kang porte néanmoins son attention au bornage d’intervalle lors des deux entretiens pour d’autres types de procès, pour lesquels l’enquêtrice a demandé l’acceptabilité de l’imparfait, temps non choisi par elle. Ainsi, lors du premier entretien, pour 6-15 réussir à partir (extrait 56), l’imparfait marque qu’« il n’y a pas de finition », et lors du second entretien, pour 6-10 courir à la cabine téléphonique (extrait 57), l’imparfait désigne le fait que « l’action de courir ne s’arrête pas » : son attention porte sur le bornage, notamment, sur l’absence de la borne droite. De même, dans le même second entretien, pour 6-12 filer (extrait 58), l’imparfait signifie qu’« elle ne fait que s’enfuir », en se référant à l’exclusion des deux bornes.

1.2.2. Non-inclusion des bornes extrinsèques

Il existe dans l’exercice à trous un seul exemple où la non-inclusion des bornes, la vision partielle du procès, est imposée par un autre élément de l’énoncé que le temps verbal. Il s’agit du verbe 6-11 téléphoner.

1.2.2.1. Lee

 

(Extrait 141) 6-11 Pendant qu’il téléphonait à la police, la voiture a filé (Lee I, fr.)

1  E : D’accord donc pendant qu’il téléphonait là + pas de d’hésitation ?

2  L : Oui (rire)

3  E : Et pour toi c’est il y a que ça comme solution ?

4  L : Ouais

5  E : Pendant qu’il téléphonait la voiture a filé + a filé + c’est-à-dire c’est une action qui... s’est passé, c’est ça ?

6  L : Ouais

7  E : Pendant qu’il a téléphoné, est-ce qu’on peut dire ça ?

8  L : Pendant qu’il a téléphoné ? (E : hm) ++ hm.. (E : pendant qu’il a téléphoné, la voiture a filé) ++ Hm c’est mieux.

9  E : C’est mieux ? Hm pendant qu’il téléphonait pourquoi parce qu’il y a euh... quand on téléphone il y a une durée ? ou... est-ce que c’est parce qu’il y a une.. (L : hm...) une idée de <durée ?

10 L : <Préposition pendant ?

11 E : Ah oui c’est à cause <de ça ?

12 L : <C’est... (E : c’est pendant) c’est pas + c’est pas + justement à cause de ça mais (E : hm-hm) pendant souvent s’accorde avec.. impar<fait ou l’environnement (E : <l’imparfait ?) <de la situation. (E : <hm-hm hm-hm) Et euh... et normalement euh après il.. + on va avoir passé composé ou <quelque (E : <hm-hm) quelque chose (E : hm-hm) qui est causé par l’accident (E : hm-hm)

 

Lee ne se laisse pas déstabiliser sur son choix de l’imparfait ni par la demande de considération du passé composé (7), ni par l’anticipation de l’enquêtrice quant à ce qui fonde son choix de l’imparfait dans la notion de durée (9). Lee se base sur la fréquence de combinaison entre la « préposition pendant » (10) et l’imparfait ou le rôle discursif d’arrière-plan (12). De plus, ce rôle annonce un procès au passé composé. On note que Lee prend seulement pendant et non pendant que comme indice de l’imparfait et que l’analyse sous-jacente est toujours discursive et non de bornage. Lors du second entretien, la même référence au rôle discursif est observée :

 

(Extrait 142) 6-11 Pendant qu’il téléphonait à la police, la voiture a filé (Lee II, cor.)

1 L : Ensuite euh… ++ pendant + qu’il téléphonait, la voiture a filé (E : hm hm). La situation [sanghwang] où cette personne téléphone, parce que pendant ce temps là [kû sikan-tongan-e], (E : hm) la voiture voiture la voiture a filé, passé composé. (E : hm) ++ Ou bien (E : hm) si on va chercher plus loin, pendant que la voiture filait [tomangka-ko it-nû-n saï-e], cette personne a téléphoné [-ôt]. (E : hm) Mais normalement on ne parlerait pas comme ça.

2 E : De ce point de vue, ça peut être <l’imparfait ?

3 L : <Parce que hm + parce que le conducteur a filé quand il a vu que le passant était parti téléphoner.

4 E : + Hm <c’est ça

5 L : <Il a dû s’enfuir après le diagnostic de la situation et après s’être dit qu’il devait filer. Ou si le passant avait vu filer la voiture, il aurait été en train de noter son numéro d’immatriculation au lieu de téléphoner <(rire)

6 E : <(rire) Ça, ça dépend de ce qu’il considère comme urgent.

7 L : Ou il est là en disant je m’en fous. (rire) + Donc je pense que le premier serait correct. (E : hm)

 

La reformulation de Lee (1) montre la bonne compréhension de la situation, la non-inclusion des bornes du procès téléphoner au moment repère, celui où la voiture file. Mais son analyse se situe toujours au niveau discursif et elle n’aborde pas la question de bornage. Ensuite Lee considère d’elle-même le cas inverse où filer devient le moment repère et où téléphoner devient le moment de la situation dont on parle (1). Elle porte son attention sur l’ordre des procès (3, 5) et le bornage n’est pas thématisé.

1.2.2.2. Kim

Kim choisit le temps approprié lors des deux entretiens, mais avec une analyse différente :

 

(Extrait 108a) 6-11 Pendant qu’il téléphonait, la voiture a filé (Kim I, fr.)

1 K : Pendant pendant qu’il téléphonait la voiture a filé

2 E : Ah alors <là (K : <oui) tu as mis imparfait ?

3 K : Oui

4 E : Parce que ?

5 K : Pendant que (E : <pendant que) <(rire) c’est très (rire) <clair (...)

6 E : C’est-à-<dire (K : <euh.. ) comme il y a pendant c’est-à-dire y a... une durée ? <c’est ça ?

7 K : <Durée oui

8 E : ++ Donc s’il y a une durée on marque <l’imparfait (K : <hm-hm) ++ pendant qu’il téléphonait la voiture +

9 K : A filé (E : hm-hm) oui

 

Kim se base, pour le choix de l’imparfait, sur le segment pendant que en le prenant comme indice (5) de l’imparfait. La notion sous-jacente anticipée par l’enquêtrice, la durée (6), est approuvée et répétée par Kim (7). Pour cette anticipation, l’enquêtrice a repris la notion de durée que Kim attribuait souvent auparavant : « le sourire + a un peu duré » (extrait 87), « au moment où c’est un peu... le sens de la durée » (extrait 13). Elle anticipe et en même temps vérifie si Kim emploie encore cette notion dans son choix de l’imparfait. Il est à noter qu’à la différence de Lee qui ne repère que pendant, Kim saisit pendant que. Dans le second entretien, le même choix de l’imparfait semble basé sur une lecture discursive du procès téléphoner :

 

(Extrait 143) 6-11 Pendant qu’il téléphonait, la voiture a filé (Kim II, cor.)

K : Et après son arrivée, il téléphone. Pour cette situation [ko sanghwang-e]. (E : hm) j’ai mis l’imparfait. Pendant qu’il téléphonait [ha-ko it-nû-n tongan-e]. (E : hm) la voi/ voiture s’est enfuie [-ôt].

 

1.2.2.3. Kang

A la différence des deux autres, Kang fait référence au bornage lors du premier entretien, mais il s’agit d’une prise en compte des deux bornes au lieu de leur non-inclusion :

 

(Extrait 48a) 6-11 Pendant qu’il a téléphoné, la voiture a filé (Kang I, fr.)

1  K : Pendant qu’il a... téléphoné (E : qu’il a téléphoné) la voiture + filait

2  E : (...) Pendant qu’il A téléphoné la voiture FILAIT ++ pendant qu’il a téléphoné +++

3  K : Pendant que il a/ ah il a téléphoné il a cou/ il a coupé ? (E : oui <donc il a) <il a + (E : raccroché <oui) <il a fini (E : oui il a fini) + pendant ce moment là la voiture filait (E : hm) <encore encore encore (E : <hm hm)

4  K : (...) La/ la voiture a filé (E : oui) euh... justement pendant <qu’il... (E : <sort) a téléphoné (E : ah...) justement pendant qu’il a téléphoné il a téléphoné pendant dix minu/ minutes (E : oui) la voiture aussi euh... filait justement pendant dix minutes (E : ++ ah bon ?) hm + <et après il est sorti (E : <mais XX\) après il est sorti (E : oui) euh... la voiture (...) +++ si si si c’est comme ça (rire) (E : oui) il faut dire voiture s’est filé ah se/ /e/ filé +++

5  E : Ah d’accord donc tu veux mettre comme ça ? là <./e/ filé ?

6  K : <Hm + parce que le sens est changé (...)

7  E : Donc /e/ filé c’est-à-dire comme tu as dit tout à l’heure le monsieur il sort et la voiture elle part c’est <ça ?

8  K : <Est déjà/ est déjà partie

9  E : Ah elle est déjà partie ? (K : hm) donc\

10 K : Pendant dix minutes (E : oui) la voiture est déjà partie

11 E : Ah.... d’accord ++ pendant qu’il télé\

12 K : <Mais ça se passe pendant dix minutes (rire)

13 E : Hm ++ donc on ne voit plus la voiture après <la... (K : <hm) quand il a fini le... (K : hm) téléphone (K : hm) on ne voit plus la voiture alors c’est ça ? (K : hm)

14 E : (...) Donc là ici c’est à peu près la même... structure quand pendant qu’il a téléphoné la voiture filait donc là aussi donc tu tu mettrais pas pendant qu’il TELEPHONAIT par exemple la voiture là tu as mis /E/ filé parce que

15 K : + Non on peut pas mettre pendant qu’il tél/ a téléphoné [téléphonait]

16 E : Téléphonait ? pourquoi ?

17 K : Pendant qu’il a téléphoné parce que c’est comme ça (rire)

18 E : Ah bon ? mais pourquoi c’est comme ça ? (rire) non parce que tu dis que <ça dépend de narrateur

19 K : <Est-ce que euh... le/ le/ non ici c’est... c’est... absolu

20 E : Ouais ah bon ? ouais ? pourquoi ?

21 K : Parce que le temps est précisé (E : ah)

 

Au début, Kang avait compris le sens de filer comme défiler et choisit le passé composé pour téléphoner et l’imparfait pour filer (1). Le choix du passé composé pour le procès téléphoner est dû à sa saisie qui inclut les deux bornes (3, 4). Les deux protagonistes s’aperçoivent du malentendu sur le mot filer et l’enquêtrice explique son sens. Après la bonne compréhension du mot, Kang change de choix pour le passé composé (4-6). Indépendamment de ce changement, le procès téléphoner est toujours vu en entier avec ses deux bornes, comme le montre le circonstanciel pendant dix minutes (10, 12), durée fictive de la communication téléphonique totale, mais qui explique la saisie globale du procès. L’enquêtrice l’interroge sur l’acceptabilité de l’imparfait (14) et Kang la refuse catégoriquement (15) en disant que c’est un cas « absolu » d’emploi du passé composé (19) : elle se base, pour ce jugement ferme, sur la saisie des deux bornes du procès, exprimée par l’expression, « le temps précisé » (21). Kang confond sans doute ‘pendant que + proposition’ qui n’inclut pas les bornes de l’intervalle et ‘pendant + SN’ (ex. pendant tout le voyage) qui les inclut. Lors du second entretien, elle corrige cette erreur :

 

(Extrait 24a) 6-11 Pendant qu’ il téléphonait, la voiture a filé (Kang II, cor.)

1 K : (...) Pendant qu’il tél… ++++++++ pendant qu’il téléphonait (E : hm) la voiture /e/ filé

2 E : Pendant qu’il téléphonait, ça c’est l’im<parfait\

3 K : <Ça ça c’est le plus bizarre. (E : hm) Pendant pendant qu’il… (E : téléphonait) pendant qu’il a téléphoné, la voiture est (bas) Parce que la voiture + /e/ filé, ça c’est sûr, parce qu’elle est partie et n’est plus là. (E : hm) Mais pendant qu’il… cette situation est, la voiture s’est enfuie dans la situation où cette personne téléphone, n’est-ce pas. (E : hm hm) La voiture ce.. ce… quand cette ++ voiture s’est enfuie, (E : hm) le temps du téléphone, c’était pendant le temps que cette personne, ce passant téléphonait. (E : hm hm) C’est pour ça que j’avais dit quand il téléphonait, mais (E : + hm) ah pendant qu’il téléphonait (E : hm hm)

4 E : Donc tu l’as dit pour exprimer qu’il était <en train de ? (K : <oui oui) mais maintenant, tu crois que pendant qu’il a téléphoné est aussi possible, c’est ça ?

5 K : + Oui mais/ Mais pendant qu’il a téléphoné pendant qu’il est XX (bas) pendant qu’il (bas) ++ pendant + pendant qu’il… a (E : pendant qu’il a téléphoné) pendant qu’il XXX (bas) pendant qu’il XXX Je ne sais pas trop. Pendant qu’il a téléphoné, ça fait un peu bizarre aussi. (E : hm) Je pense que ça ne marche pas. + Hm. ++ Je te l’ai dit tout à l’heure. Quand on utilise pendant, la phrase principale est dans la plupart des cas, au passé composé. Mais quand on + met le passé composé, pour que l’action du passé composé puisse avoir lieu, il faut qu’il y ait un + un… temps, (E : hm) il faut qu’un espace de temps soit donné. (E : hm) Cette personne était en train de téléphoner, (E : hm) quand on dit pendant pen/ pendant qu’il a téléphoné, juste au moment où il téléphonait, (E : hm) la voiture s’est enfuie, donc euh (E : hm) euh je ne sais pas, euh c’est comme si juste au moment où la personne a… a pris le combiné, en pas plus d’une seconde, euh, (E : hm) la voiture s’est enfuie ou... (E : hm) Alors que cette personne a dû rester un moment à parler au téléphone. (E : hm) Avant que la voiture s’en aille, XXX cette personne devait être déjà en train de faire le numéro, et même après le départ de la voiture, elle a dû rester encore au téléphone. (E : hm) ++++

6 E : Quand on dit pendant qu’il a téléphoné, c’est vraiment à la seconde, la voiture s’enfuit et aussi (K : hm hm) Donc, c’est un peu… + c’est rare qu’il y ait ce genre de chose ? (K : hm…)

 

Tout en choisissant l’imparfait après une longue pause (1), Kang trouve ce cas « le plus bizarre » de l’exercice (3). Visiblement, elle hésite entre les deux formes. Car immédiatement après elle essaie le passé composé à haute voix (3). Kang reformule la situation, analyse que c’est bien le rapport d’inclusion qui relie les procès téléphoner et filer, et que, du même coup, le procès téléphoner est saisi dans son déroulement. Elle conclut que son choix de l’imparfait pour téléphoner est approprié (3). L’enquêtrice demande confirmation sur cette lecture imperfective (4) et Kang l’approuve. Ayant senti une forte hésitation de la part de Kang, l’enquêtrice anticipe et demande confirmation sur l’acceptabilité du passé composé (4). Kang ne tranche pas et essaie encore le passé composé à haute voix (5). D’abord, elle manifeste des signes d’indécision (je ne sais pas trop). Ensuite elle le trouve « bizarre », et juge finalement le passé composé non acceptable. Derrière cette hésitation, nous sentons la présence de la notion de double bornage à laquelle elle avait recouru lors du premier entretien : le temps de la communication téléphonique était vu comme un intervalle limité, entraînant le choix erroné du passé composé.

Depuis le premier entretien, Kang a acquis des connaissances et analyse la situation de façon appropriée, ce qui la permet de faire un choix de temps correct. Mais elle semble sentir ce conflit entre deux notions. La nouvelle connaissance supplante l’ancienne notion erronée et elle opte pour l’imparfait. En guise d’argument, Kang expose une connaissance métalinguistique (5), selon laquelle dans une phrase avec pendant, la proposition principale prend le passé composé et que lui, il nécessite un « espace de temps » (arrière-plan). Ce schéma correspond en effet à la phrase en question, dans laquelle téléphoner fonctionne comme l’« espace de temps » pour l’action de la phrase principale, filer. La corrélation entre pendant et le passé composé avait été avancée également par Lee qui avait suivi les mêmes cours de français avec Kang, avec le même professeur.

Néanmoins, Kang exprime ce qu’elle perçoit lorsque le procès téléphoner est mis au passé composé : la simultanéité des phases inchoatives des deux procès (la prise du combiné simultanément avec la fuite de la voiture). Cette explicitation d’une situation très exceptionnelle rend caduc l’emploi du passé composé et renforce davantage sa vision d’inclusion entre intervalles et son choix de l’imparfait pour téléphoner (5)

En général, nos apprenantes ne verbalisent pas l’absence de prise en compte des bornes véhiculée par l’imparfait. Seule Kang verbalise cet aspect dans les cas de procès d’activité ou bornés.

1.3. Cas particulier de bornage

Du point de vue du bornage, l’imparfait marque la non-prise en compte des bornes de l’intervalle occupé par un procès situé dans le passé. Mais dans certains cas, il est employé pour saisir la borne droite d’un procès, comme pour le cas d’attendre dans Quand il a ouvert la porte, elle lui a souri et lui a dit : « je t’attendais ». Le procès ouvrir la porte joue non seulement le rôle de fermeture de la borne droite de l’intervalle d’attendre, mais aussi celui de son moment repère. L’imparfait saisit ici la quasi-totalité de l’extension de l’intervalle sauf sa borne gauche. Cette configuration peut se présenter comme dans le schéma suivant :

 

            -----------------------] |

] : fin du procès causée par ouvrir la porte

 

attendre

| : moment de locution pour l’énoncé « je t’attendais »

 

Une autre particularité du cas d’attendre est l’extrême proximité entre la borne droite et le moment de locution, et c’est ce qui le distingue du cas de dormir dans Je dormais quand mon fils m’a téléphoné hier soir, qui lui peut se présenter comme suit :      

 

 

 

hier

 

aujourd’hui

 

 

///////////////////////////////////

++++++++++++++++++

 

 

            ----------------

            | : moment de locution

 

 

 

dormir

 

           

           

 

                       

 ] : téléphoner qui interrompt le procès dormir

 

1.3.1. Lee

Lee effectue un choix correct de l’imparfait lors du premier entretien :

 

(Extrait 144) 3-4 Quand il a ouvert la porte, elle lui a souri et lui a dit : je t’attendais (Lee I, fr.)

1  E : Donc phrase trois, quand + il... hm hm la porte et elle lui + hm

2  L : + Hm... +++++++++ hm + quand il a ouvert la porte (E : hm) elle lui souriait + elle lui a /surie/ et elle lui a dire elle lui a dit je t’attendais euh ici je sais pas <très bien. (...)

3  E : Et lui là, il n’y a pas de... confusion ? (L : XXX) C’est pas elle lui disait ou je t’attendais ? (L : hm) Et c’est pas je t’att/ je t’ai attendu ?

4  L : Hm (=non) +

5  E : Pourquoi ?

6  L : Je t’ai attendu + normalement, on ne dit pas comme ça, n’est-ce pas ? Dans dans la conversation quotidienne. (E : hm) Je t’attendais je t’ai attendu je t’attendais hm je/ + (...)

7  E : Hm hm hm sinon donc je t’attendais tu donc y a pas de...

8  L : Je t’ai attendu c’est c’est (E : c’est <possible ?) <c’est possible <grammaticalement.

9  E : <Dans ce/ oui grammaticalement bien sûr on peut conjuguer à (rire) à l’imparfait ou à au passé... composé mais dans ce contexte là, qu’est-ce qui est le mieux ?

10 L : Je je pense <que... (E : <Donc je t’attendais) imparfait et (E : hm) je m’a/ euh.. + je m’adap/ c’est + à cette réponse (E : hm)

11 E : Alors si je dis si par exemple, imaginons que ça se passe ici maintenant. (L : hm) Euh.. je t’attends et tu es entrée et je dis je t’ai attendu. Est-ce que ça veut dire quelque chose quand même ?

12 L : Je t’ai attendu (E : hm) mais je veux plus at/ t’attendre. (rire) (E : ah bon ? (rire)) C’est comme ça (rire) si on chante euh... quelque situation comme ça. (E : hm) Hm... je t’ai attendu, c’est le/ c’est la rupture n’est-ce pas ?

13 E : C’est la rupture, c’est-à-dire, maintenant je ne t’attends plus (rire) ? (L : hm) Mais c’est normal parce que il est arrivé. +++ (L : (rire)) Hm ?

14 L : Hm ?

15 E : C’est normal parce qu’il est arrivé donc... + je ne t’attends plus <euh... ?

16 L : <Oui oui. (E : <donc voilà) <Tu... tu es arrivé mais c’est fini c’est trop tard pour... (...)

17 E : Donc si on te dis ça, pour toi ça signifie plutôt ça hein ?

18 L : Hm

19 E : Hm alors que je t’attendais ?

20 L : Euh... si on par/ si on dit euh je t’ai attendu ah/ je t’ai attendu, (E : hm) je pense que ça serait un pers/ une personne très ++ très claire très... qui parle très... clairement (E : ah <bon ?) <très correctement.

 

Lors de la lecture à haute voix, Lee exprime son incertitude pour (sans doute) sourire (2). Pour le verbe attendre pour lequel elle choisit l’imparfait, l’enquêtrice l’interroge sur l’acceptabilité du passé composé (3) et Lee le trouve inacceptable en se basant sur l’input « naturel » (« Je t’ai attendu normalement, on ne dit pas comme ça, n’est-ce pas ? Dans la conversation quotidienne ») (6), mais le trouve néanmoins acceptable grammaticalement (8). En conclusion, l’imparfait lui paraît mieux (10). A la demande sur la différence de sens (11), Lee s’exprime, pour le passé composé, en terme d’intention d’arrêter le procès (12) que l’enquêtrice interprète comme l’arrêt du procès lui-même, en prenant en compte la borne droite (13). Lee approuve cette interprétation et place la fin du procès attendre avant l’ouverture de la porte (16). Lorsque l’enquêtrice souhaite aborder l’imparfait (19), Lee témoigne de l’effet ressenti du passé composé (« je pense que ça serait une personne qui parle très clairement ») (20). Et l’enquêtrice oublie de l’interroger sur l’imparfait. Lors du second entretien, Lee change de choix pour un temps erroné :

 

(Extrait 129) 3-4 Quand il a ouvert la porte, elle lui a souri et lui a dit : je t’ai attendu (Lee II, cor.)

1  L : Le fille voit le garçon

2  E : Reconnai/ + elle a souri

3  L : Et elle a souri (E : hm) Ensuite + elle dit je t’ai attendu [-ôt] (E : hm) je t’ai attendu [-ôt] plutôt que je t’attendais[-ko it-ôt]

4  E : Hm ah ici c’est mieux je t’ai attendu [-ôt] ?

5  L : + On pourrait dire les deux

6  E : On peut dire je t’attendais aussi ?

7  L : Hm.

8  E : On peut dire je t’attendais (L : hm) et je t’ai attendu (L : hm) + Hm alors quels sont les sens ? quelle est la différence de sens  entre je t’attendais et je t’ai attendu ?

9  L : Si on dit je/ je t’attendais (E : hm), ah non je t’ai attendu (E : hm) semble hm… + plus ++ hm… + volontaire [jom tô ûitojôk-i-l kôt kat-û-n kô] que je t’attendais (E : + volon<taire [ûitojôk]) <un peu (E : hm…) Je crois que j’ai parlé la dernière fois des choses dynamique ou passive quelque chose comme ça. (E : hm) +

10 E : Avec le passé composé, j’attendais (L : hm) avec une intention certaine d’attendre ?

11 L : Euh j’ai l’impression qu’il y a plus de volonté

12 E : Il y en a beaucoup plus et si on dit je t’attendais ?

13 L : ++ C’est un peu vague [jom makyônha-n]/ + C’est (E : hm) un peu vague [makyônha-n kô it-jyo]

14 E : Hm euh <on est pas sûr qu’il vienne ?

15 L : <Il peut venir comme ne pas venir

16 E :  Mais on a attendu pour voir, c’est ça ? (rire)

17 L : Ou alors… hm ++ hm + oui (E : hm) ++

 

A la lecture à haute voix, Lee choisit la bonne forme, l’imparfait : je t’attendais. Ensuite, au moment du commentaire sur ce verbe, elle a recours à sa langue maternelle où elle oppose l’expression marquant l’aspect perfect (-ôt) à celle marquant l’aspect imperfectif (-ko it), et elle choisit la forme du perfect qui lui semble plus appropriée à la situation (3). L’enquêtrice demande confirmation (4) et Lee y répond cette fois-ci en acceptant les deux formes (6). Sans que Lee l’explicite, l’enquêtrice comprend que Lee établit une équivalence entre d’une part, le morphème coréen -ôt et le passé composé français, et d’autre part, le moyen périphrastique coréen -ko it-ôt et l’imparfait. Ce glissement entre deux langues semble opérer chez les deux protagonistes. Tout en comprenant ce glissement et cette mise en correspondance entre deux langues, l’enquêtrice demande confirmation sur l’acceptabilité des deux temps en formulant les deux formes verbales en français, pour s’assurer qu’il s’agit bien des temps français dont Lee parle (6). La réponse affirmative de Lee (7) confirme l’hypothèse de l’enquêtrice et l’enquêtrice demande la différence de sens (8). La différence des deux formes est formulée par Lee en terme d’effets ressentis (9-13). Lee ne fait aucune référence aux bornes de l’intervalle, ni pour le passé composé, ni pour l’imparfait.

1.3.2. Kang

Kang choisit également un temps différent aux deux entretiens :

 

(Extrait 51) 3-4 Quand il a ouvert la porte, elle lui a souri et lui a dit : je t’ai attendu (Kang I, fr.)

1  E : Donc là je t’attends hein ? elle a dit je t’attends est-ce qu’on peut dire + je t’ai attendu ?

2  K : Oui on on peut dire

3  E : Par exemple ?

4  K : On peut dire

5  E : On peut dire ça ? donc ça n’a pas de différence entre je t’attends il ouvre et elle sourit hm <je t’attends

6  K : <Peut-être ce serait mieux je je t’ai attendu

7  E : Ou je t’ai attendu

8  K : Je t’ai attendu parce que finalement il est venu

9  E : + Ah oui donc elle attend plus maintenant (K : hm-hm) c’est ça ? + je t’ai attendu ++ ou alors je t’attendais ?

10 K : (rire) Je t’attendais +

11 E : C’est possible ça ?

12 K : +++ Non non c’est pas possible parce que s/ l’act/ l’action attendre <ça.. (E : <hm) c’est c’est fini

 

Après le premier choix du présent (1), à la demande d’acceptabilité du passé composé, Kang le trouve d’abord acceptable (4) et ensuite plus approprié (6). Elle fait référence à la borne droite du procès et le justifie par le fait pragmatique, l’arrivée du garçon (8). Pour l’imparfait dont l’enquêtrice demande l’acceptabilité (9), Kang le refuse catégoriquement en ayant recours plus explicitement à la borne droite (« l’action attendre c’est fini ») (12).

Lors du second entretien, Kang choisit d’emblée la forme appropriée, l’imparfait :

 

 

(Extrait 145) 3-4 Quand il a ouvert la porte, elle lui a souri et lui a dit : je t’attendais (Kang II, cor.)

1 K : ++ Hm euh oui. Elle lui a souri (E : hm) + c’est ça lui a dit je t’attendais + Oui.

2 E : Je t’attendais, qu’est-ce que c’est ?

3 K : + Je t’ai attendu XXX (bas) +++ C’est-à-dire ++ Les deux semblent possibles aussi. Je t’ai attendu, je t’ai attendu Si/ ah oui mais c’est mis entre guillemets (E : hm) c’est ce qu’elle dit à l’homme dans la situation n’est-ce pas. (E : hm) Elle (E : hm) c’est-à-dire ++ Je crois que c’est je t’attendais je t’attendais.

4 E : Je t’attendais, c’est quoi ? elle a attendu dans le passé… + comment ça se passe ?

5 K : ++ Je t’attendais je t’ai attendu (bas) je t’attendais (bas) je t’ai attendu est aussi possible peut-être. J’ai attendu jusqu’à présent, et finalement tu es là donc (E : hm)

6 E : Hm quand on dit je t’ai attendu, ça veut dire ça ?

7 K : Hm

8 E : Alors si on dit je t’attendais ?

9 K : ++ Je t’attendais jusqu’à main/ je… je t’attendais jusqu’à maintenant comme ça (E : hm) J’ai + je suis j’ai resté ici euh pendant pendant quelque temps (E : hm) + (Voi)là je suis encore là (E : hm)

 

A la simple demande de l’enquêtrice sur la valeur de l’imparfait (2), Kang considère d’elle-même le passé composé et accepte la double possibilité (3) avant de pencher de nouveau pour l’imparfait (3) pour accepter encore le passé composé (5). Ce va-et-vient entre les deux temps montre la difficulté d’analyse qu’elle éprouve. L’acceptabilité du passé composé est fondée sur la même analyse que celle du premier entretien : la prise en compte de la borne droite du procès attendre par la venue du garçon (5). L’emploi de l’imparfait est justifié par la valeur apparemment opposée exprimée en français : la continuité du procès jusqu’au moment de locution (9) expliquée aussi bien par l’emploi de l’imparfait lui-même (« je t’attendais jusqu’à maintenant ») que par le passé composé, accompagné d’une autre phrase marquant la continuité de la présence de la personne, l’ensemble fonctionnant comme l’équivalent de la phrase à l’imparfait (« je suis restée et je suis encore là ») (9). De plus, le marquage de la borne droite est également exprimé comme pour le passé composé (« je t’attendais jusqu’à maintenant »). Dans les deux cas, Kang analyse la venue du garçon comme fermant l’intervalle du procès attendre. La différence est ainsi difficile à distinguer mais on sent une fermeture de la borne droite quelque peu atténuée dans le cas de l’imparfait.

1.3.3. Kim

Par rapport à Lee et à Kang qui choisit un temps erroné sur un des deux entretiens, Kim n’éprouve aucune difficulté et opte pour l’imparfait lors des deux entretiens :

 

(Extrait 55) 3-4 Quand il a ouvert la porte, elle lui a souri et lui a dit : je t’attendais (Kim I, fr.)

1  E : (...) Et donc là après elle a dit je t’attendais

2  K : Oui ça aussi durée la durée <oui

3  E : <Hm ça c’est.. un peu <facile n’est-ce pas ?

4  K : <Sûr oui oui facile <très facile oui

5  E : <Je t’attendais <hm (K : <oui) ++ sinon + on peut pas dire je t’ai attendu ?

6  K : ++ On peut pas +

7  E : Je t’ai atten<du

8  K : <Attendu ? (E : hm) je t’ai attendu ? ++

9  E : Je t’ai <attendu

10 K : <Ah.. je t’ai attendu ++++++ hm ++

11 E : Je t’ai attendu ++ tak quand il ouvre la porte je lui dis (bas)

12 K : La.. durée (E : je t’ai attendu) ++ la durée il y a deux... sortes de durée

13 E : Deux sortes de durée oui

14 K : Ah je crois (E : hm) oui mon ma pensée (E : hm-hm) et <pas XX (E : <c’est-à-dire quel) hm (E : de) + et je/ je t’attendais (E : hm) c’est à partir de quel.. il y a à partir de/ ++ à partir de (E : hm-hm) à partir de (rire) à partir d’il y a non ++ hm ++++ euh à partir depuis ? (E : hm-<hm) <ah non depuis depuis quelque.. quelque temps ou quelques heures (E : hm-hm) ++ et jusqu’à maintenant

15 E : Où + il ouvre la porte c’est ça ?

16 K : + Oui c’est... la durée a/ euh ++ (E : <c’est-à-dire il a\) <avant et maintenant (E : hm-<hm) <d’avant et à maintenant (E : hm) et deuxième..

17 E : Ça c’est la première <durée c’est ça ?

18 K : <Premier <durée

19 E : <Et deuxième durée c’est quoi ?

20 K : <Deuxième durée à partir de maintenant et un peu après + <durée (E : <hm-hm) eh... + durée après

21 E : (...) <Mais ce que tu as mis je t’attendais (K : hm) tu as pensé à cette première durée ? ++ de.. +

22 K : Oui

23 E : Oui ?

24 K : Premier durée

25 E : (...) <Euh.. ce que tu dis là les deux durées (K : hm) c’est ce que tu penses... depuis longtemps ? ou ou tu as pensé ça tout de suite maintenant seulement ?

26 K : Maintenant

27 E : Maintenant ? hm

28 K : (rire) Parce que euh.. quand tu m’as.. tu m’as... (E : hm) questio/demandé entre deux temps (E : ah oui <attendais et j’ai attendu ? hm) <oui + hm (E : hm) hm +

29 E : Tu as pensé à ça ?

30 K : Oui (rire) (E : hm) +++

31 E : Et donc de toute façon euh là tu choisirais ça toujours je t’attendais ?

32 K : Oui hm ++ quand utilise-t-on euh je t’ai attendu (E : hm) quand ? (à elle-même)

33 E : Quand est-ce qu’on utilise <ça ?

34 K : <Hm

35 E : A ton avis ? <ton hypothèse

36 K : <Hm + je t’ai attendu (E : hm) ++++ oui je t’ai attendu c’est euh +++ euh.. ++++++ oui oui une personne qui parl/ parlant ? (E : hm-hm) parlant hm hm je t’ai attendu (E : hm) +++ euh +++ oui attendais ça.. ça/ + ça se passe.. + jusqu’à maintenant (E : hm-hm) + depuis longtemps ou.. (E : hm) avant (E : hm-hm) ++ mais + ah ++++ oui mais euh (E : hm) je t’ai attendu (E : hm) euh.. le passé composé c’est PAS jusqu’à maintenant (E : hm-hm) + euh depuis longtemps et ++ hier ou avant-hier (E : hm-hm) oui pas ++ maintenant le/ le moment deux deux personnes se parlent (E : hm-hm) pas pas + (E : hm ?) pas le moment ah pas... le moment +++ hm...

37 E : Donc le moment où la personne dit je t’ai attendu (K : hm ah) à ce moment là (K : hm) je ne t’attend plus c’est ça ? c’est <c’est fini ?

38 K : <Oui c’est ça + oui c’est <fini

39 E : <Je je ne t’attends plus

40 K : Je je ne t’attends plus (E : hm) ++++

41 E : Hm-hm

 

Kim déclare que son choix de l’imparfait pour attendre est dû à la durée qu’il exprime (2), et à la demande de considérer le passé composé (5), elle le juge non acceptable (6). Elle expose par la suite ses idées sur « deux types de durées » (12) : celui qui inclut le moment de locution comme dans le cas d’attendre avec l’imparfait (« attendais ça se passe jusqu’à maintenant ») et celui qui ne l’inclut pas, qui s’exprime au passé composé (« je t’ai attendu le passé composé c’est PAS jusqu’à maintenant », « pas maintenant le moment deux personnes se parlent ») (36). La différence des deux temps ne semble pas résider dans le bornage, même si l’expression du bornage droit pour le passé composé est plus net (« c’est fini », « je ne t’attends plus ») que celle pour l’imparfait (« ça se passe jusqu’à maintenant »), dans laquelle jusqu’à maintenant donne néanmoins la limite de l’extension de l’intervalle. Kim porte son attention plutôt sur la différence d’inclusion du moment de locution dans la saisie de l’intervalle. Elle est ainsi la seule informatrice qui conçoit et exprime cette configuration particulière de l’imparfait. Lors du second entretien, Kim choisit toujours l’imparfait :

 

(Extrait 146) 3-4 Quand il a ouvert la porte, elle lui a souri et lui a dit : je t’attendais (Kim II, cor.)

1  E : O.K. alors je t’attendais ?

2  K : Dans ce cas là, sans aucune hésitation, je choisirais imparfait.

3  E : Parce qu’elle attendait jusqu’à maintenant ? (K : oui) Alors on ne peut pas dire je t’ai attendu ?

4  K : Comme XX est arrivé maintenant

5  E : Il est arrivé et cet homme ouvre la porte et la femme dit en souriant je t’ai attendu je t’ai attendu (bas)

6  K : Ça peut vouloir dire pourquoi tu es venu ? je ne t’attendais plus. <(rire) (E : <(rire)) Je t’attendais [kesok kitari-ko it-ôt-ta]. Et quand on dit je t’ai attendu, c’est-à-dire je ne t’attendais pas mais merci d’être venu quand même <(rire) (E : <(rire)) Ça a l’air un peu exagéré mais (rire) (E : (rire)) En tout cas je comprends comme\

7  E : Donc ça veut dire que je suis dans l’état où je ne t’attends plus, c’est ça ? quand on dit je t’ai attendu ? Dans ce cas, je t’ai atten/ je t’ai bien attendu <mais

8  K : Je t’avais attendu [kitari-ôtôt-ô] comme ça. (E : ah) Je t’attendais [kitari-ôtôt-nûnte] mais (E : hm) mais comme tu ne venais pas, j’avais abandonné [phokiha-ko it-ôt-ta] (de t’attendre). (E : hm XXX) A ce moment là, tu es venu.

9  E : Ah c’est comme ça.

10 K : + Je pense qu’il faut ajouter des commentaires comme ça pour moi.

11 E : Ah c’est-à-dire en français les deux sont possibles ? ou non ?

12 K : + Les deux sont possibles. (E : hm) hm.

13 E : Les deux sont possibles mais <le sens est

14 K : <C’est possible mais le sens est ++ Ou alors avec le passé composé, l’action [tongjak] est relativement terminée [jôngni-ka twe-ta] donc de ce point de vue, ici, quand on dit je t’ai attendu, (E : hm) c’est, je t’ai attendu [kitari-ôt-ô]

15 E : Ah en coréen c’est je t’ai attendu [kitari-ôt-ô]

16 K : Hm.

17 E : Et quand on dit je t’attendais ?

18 K : J’étais en train de t’attendre [kitari-ko it-ôt-ta], ah je t’attendais tout le temps [kesok kitari-ko it-ôt-ô], (E : hm) j’étais en train de t’attendre tout le temps [kitari-ko it-ôt-ô kesok], c’est ça le sens.

 

Dans ce second entretien, c’est toujours avec une grande facilité que Kim choisit l’imparfait (2). L’enquêtrice anticipe son analyse, approuvée par Kim et l’interroge sur l’acceptabilité du passé composé (3). Kim rappelle d’abord l’arrivée du garçon (4) et avance que le procès attendre est borné à droite, fini au moment de la venue du garçon (6). Pour bien marquer l’antériorité de la fin du procès, Kim emploie le double -ôt (8). L’enquêtrice l’inter